Qu’est-ce qu’un bon recruteur ?

Qu’est-ce qu’un bon recruteur ? La question peut paraître stupide. Beaucoup ont la réponse facile avec, comme grille de lecture, les compliments aux quotidien, les articles sur le sujet, leur propre expérience, la pensée commune. Aussi, qu’est-ce que l’on met derrière le mot “ bon ” ? Parle t’on de bienveillance ou de performance ?

Je pense qu’il est très difficile de mettre le curseur entre un bon et un mauvais recruteur. Non seulement tout le monde juge le métier de recruteur sans le connaître mais c’est aussi une appréciation très subjective, fortement liée aux intérêts des entreprises.

Lorsque je réalisais de nombreux entretiens, en tant que candidate, il m’arrivait souvent de poser cette question à mes interlocuteurs : quelle est, selon vous, la définition d’un bon recruteur ? Le réponse la plus courante reposait sur le résultat : “ mon meilleur recruteur c’est telle personne car il performe ses résultats ”. Puis j’ai eu d’autres réponses : “ Un bon recruteur est un recruteur qui a un très bon réseau, tant au niveau des clients qu’au niveau des candidats ”. Chaque entreprise met le mot “ bon ” en fonction de ses attentes, préjugés, intérêts business. Il en est de même pour beaucoup d’autres métiers : une entreprise estimera que tel développeur est bon car il livre rapidement. Il est bon en fonction des enjeux business mais pas forcément au niveau de la qualité de code. Beaucoup d’individus s’estiment bons car on leur a tout simplement dit mais prennent-ils suffisamment de recul sur ces compliments ? Sortent-ils de leur bulle, de leur zone de confort pour se confronter à la critique, à d’autres pratiques, à meilleur que soi ? Beaucoup de managers diront “ c’est bien, continue ainsi ” non pas pour faire progresser mais, malheureusement, pour maintenir dans une mécanique de routine qui sert les intérêts de l’entreprise. Ainsi, posez-vous toujours la question lorsque vous ne recevez aucune critique ou lorsque votre travail ne dérange personne car être bon c’est parfois déplaire.

Par ailleurs, je dirais aussi qu’entre recruteurs, nous ne savons pas non plus nous définir. Certains recruteurs placent les qualités de chasse comme le  socle de base d’un bon recruteur alors que d’autres recruteurs, plus directement concernés, condamnent ces mêmes qualités lorsqu’ils se sentent menacés. Certains recruteurs jugent le sourcing primordial alors d’autres connaissent à peine ce mot et ce que ça revêt. Ainsi, un manager en recrutement peut dire à sa chargée de recherche qu’elle est très bonne recruteuse car elle a atteint ses objectifs alors qu’elle est incompétente en sourcing, et inversement. De même, un recruteur peut performer, car son entreprise est réputée sur le marché ou elle bénéficie d’un certain monopole, alors que ce dernier ne manifeste aucun esprit critique ni bienveillance à l’égard des candidats.

On pourrait donc dire que les seuls vrais juges sont les candidats, tels des clients qui évaluent un service en fonction de leur niveau de satisfaction. Même à ce niveau là, ce n’est vraiment pas clair. Un candidat peut dire de tel recruteur qu’il est mauvais car trop intrusif alors qu’au regard d’autres recruteurs et de son entreprise, il est bon recruteur car doué en sourcing. Un candidat peut juger une personne qui vient de son métier comme bon recruteur (un développeur qui recrute un développeur par exemple) alors que recruter n’est pas son métier et qu’aux yeux de la communauté des recruteurs, cette personne ne dispose pas des qualités attendues (prise de recul, qualités commerciales, capacité d’écoute etc).

Ainsi, un même recruteur peut être considéré bon auprès des recruteurs car bon sourceur, mauvais aux yeux de certains candidats car trop intrusif, bon auprès de sa Direction car commercial par ses relances et appels, mauvais aux yeux des candidats car  » spammeur « , mauvais selon sa Direction car pas assez performant, bon aux yeux des clients car bon communicant, et bon auprès de certains candidats car qualitatif et humain. Comment ne pas devenir dingue ?

Le véritable problème dans tout ça c’est que personne ne sait vraiment ce qu’il veut. En ce qui concerne les entreprises, elles veulent recruter en volume tout en maintenant une approche qualitative des candidats. Elles veulent une super marque employeur tout en maintenant des méthodes et une vision du recrutement à l’ancienne. Ainsi, elles voudront un recruteur qui est à la fois commercial pour le sens du business et bon en marketing pour la communication. Ce sont, tout de même, des orientations qui se retrouvent rarement chez une même personne. Et lorsque le recruteur possède ce duo de compétences gagnant, il a parfois du mal à mettre en application son talent dans ces deux domaines à cause d’une stratégie d’entreprise mal définie ou contradictoire. 

Quant aux candidats, ils ne veulent pas être harcelés mais ils se sentent aussi flattés d’être approchés. J’ai déjà entendu comme remarque “ ah tu envoies cette fiche de poste à un tel ? Pourquoi tu ne me chasses pas moi ? ” #WTF ou alors “ Oh je suis déçu, je n’ai pas reçu beaucoup de sollicitations de recruteurs dans ma boite mails Linkedin ”. Aussi, beaucoup de candidats n’aiment pas être noyés de propositions mais ça reste tout de même un super argument en entretien d’embauche pour faire jouer la concurrence et les surenchères salariales. Il en est de même pour obtenir une augmentation lors des bilans annuels. Les candidats veulent une approche humaine, chose que le “ bon ” recruteur s’évertue à faire. Il adresse donc un mail personnalisé mais ce dernier est bien souvent perçu comme inapproprié. Enfin, et bien malheureusement, les méthodes de “ butcher ” fonctionnent. Non seulement les candidats répondent aux mails froids et robotisés et en plus, cerise sur le gâteau, ils se font recruter ce qui donne raison aux mauvaises pratiques et les “ mauvais ” recruteurs sont parfois mieux récompensés que les bons.

Enfin, l’autre problème c’est que l’image du bon recruteur repose sur un idéal, donc sur quelque chose qui n’existe pas. On ne cesse de lire des articles sur les qualités essentielles des meilleurs recruteurs ou le portrait d’un recruteur efficace. On adore lire ces articles en se disant “ ah oui effectivement, je suis un bon recruteur ” mais met-on vraiment toutes ces qualités attendues en application dans notre quotidien ? Non seulement, la réponse est non mais je dirais même plus, c’est impossible. Le portrait parfait du recruteur comme on l’imagine est une illusion. Le recruteur est avant tout un humain. Et qui dit humain, dit inhumain, imparfait, mauvais et bon dans une même carrière, dans une même journée… Ses qualités sont variables dans le temps. Rien n’est figé et il doit sans cesse s’auto-critiquer, observer son environnement, grandir avec de nouvelles pratiques, aimer ce qu’il fait, avoir une bonne dose de confiance pour pouvoir être son propre juge car finalement personne n’est capable de le définir.

Shirley Almosni Chiche

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s