Ma journée aux Assises du Droit Social

Il est 8h30 et nous arrivons tranquillement avec Julie Kaderabek pour assister aux assises du droit social. C’est un événement que j’ignorais complètement.

J’en ai pris connaissance par le prisme d’Oceane Roudier qui m’a fortement conseillée d’y aller avec ma casquette de Présidente de la Clinique RH. Elle a vu juste. On était pile poile dans le sujet.

Déjà, en arrivant, on reconnaît le format de conférence classique (qui change bien de Trusourcing) : badge, grandes plénières avec des personnalités influentes issues de les tous horizons : patrons d’entreprises, psychiatres, écrivains, représentants politiques.

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Nous parlons de beaucoup de choses : l’entreprise révolutionnée et ses outils, la question du sens au travail, l’objet social des entreprises comme vecteur de lutte contre les discriminations.

Beaucoup de « mots-clés » reviennent : bienveillance, innovation sociale, créativité, mais aussi beaucoup de notions de sécurité, de lien de subordination, de coercition, de légale, d’instances syndicales comme si le sujet du travail n’était jamais vraiment loin de l’obsession du contrôle en entreprise. 

Un petit espace de discussion de 10 min avec les personnes de notre table (des personnes que nous ne connaissions pas) était possible avant la prise des questions du public. J’ai trouvé cet interlude, certes trop court, vraiment intéressant. On y découvre l’âme de ce lieu de partage, les interrogations profondes, les moteurs de l’engagement et aussi toutes les interrogations qui, malheureusement, n’ont pas été assez exposées à mon sens. Cela manquait de confrontations d’idées, d’oppositions, d’échanges sur le quotidien. Ces petits espaces le permettaient davantage.

Arrivent aussi très rapidement mes premiers regrets :

1.L’absence de représentation du monde indépendant

Dès le début de la journée le monde des indépendants est présenté, de façon relativement cynique, comme des pseudo entrepreneurs, néo indépendants. Bref, une multitude d’appellations et surtout une totale méconnaissance de ce que nous sommes, nous faisons, et ce pourquoi, nous avons choisi de devenir indépendants.

C’est une introduction en mode « douche froide et rhabille toi vite ». Alors que bien souvent ce sont les entreprises qui se retrouvent à poil, dépossédées de leurs ressources. Pourtant, le fil conducteur de la journée est : les nouveaux visages du travail de demain. Ainsi, je me suis dit, parler des nouveaux visages sans évoquer ces visages, sans les mettre en instance de représentation c’est faire un total contre-sens. Il y avait comme une volonté de penser le monde de demain avec les personnes d’hier. Il y avait comme un déni. La mer se retire. Les entreprises continuent de bronzer aveuglément. Puis, ces personnes parties vont les réveiller comme un tsunami !

Penser à demain, c’est penser au futur et le choix de ce statut va clairement dans ce sens. En ce qui me concerne et notamment en tant que femme, être freelance c’est anticiper demain. J’ai 33 ans, l’âge du Christ et j’ai fait une croix sur le salariat car je sais, qu’à 56 ans, c’est le salariat qui fera une croix sur moi.

Par ailleurs, l’entreprise parle beaucoup des nouveaux métiers avec l’introduction de l’IA, de la robotisation mais trop peu des nouvelles expériences de vie, des inspirations des individus (une personne disait notamment que le sens dans l’entreprise avait tendance à venir trop souvent du haut et trop rarement des individus qui composent l’entreprise). On y parle trop peu aussi des sentiments : peur, crainte pour l’avenir, sentiment d’utilité, de fierté, de reconnaissance. Etre freelance c’est aussi ça, donner du sens à ce que l’on fait. Je leur disais « vous prônez haut et fort le droit à la déconnexion alors que moi, je prône haut et fort le droit à la connexion » à la connexion aux réalités de la vie qui, parfois même souvent, empiètent sur la vie au travail : aller chez le médecin lorsque l’on a des problèmes de santé, faire son sport lorsque les horaires sont à rallonge, aller aux rendez-vous pour des urgences personnelles, gérer des parents dépendants. Par exemple, plus récemment, j’ai entendu une personne, via la Clinique RH, qui nous disait avoir honte de sa situation personnelle de grande précarité ce qui l’a empêché pendant un mois (le temps d’avoir son salaire) de manger le midi avec ses collègues entraînant donc un incompréhension de la part de ses derniers. Pour l’entreprise, cela a été interprété comme une incapacité à s’intégrer dans l’équipe. Si nous pouvions tous nous déconnecter totalement en arrivant au travail ça serait super. Cependant, bien souvent, le terrain personnel prend le dessus sur le professionnel sans que cela soit toujours contrôlable, ni souhaitable. L’entreprise doit donc penser à comprendre la réalité de la vie des gens pour rendre cela compatible avec des horaires de travail flexibles, des possibilité de travail à distance. Cela éviterait, je pense, de continuer à travailler le soir lorsqu’on a passé la journée à gérer des problèmes personnels.

Aussi, il était encore question de références au sujet de l’entreprise libérée, de disruption alors que beaucoup de salariés ont déjà foutu le camp. J’entendais les mots d’hier sans entendre ceux d’aujourd’hui et encore moins ceux de demain et du quotidien.

Je dois dire, tout de même, que mes moments préférés ont été le sujet sur l’entreprise révolutionnée avec des personnalités du terrain, en entreprise, avec leurs retours d’expérience. Cela transpirait le vécu, la prise de conscience de certaines réalités avec la mise en place d’actions concrètes pour répondre aux défis du changement. Dans cette espace de réflexion il était régulièrement question, non pas d’humain augmenté par l’IA mais d’humain bonifié (avec les notions d’Ethique) car c’est lui qui gère le soft.

A été abordé aussi la créativité comme qualité plus que jamais indispensable dans l’entreprise pour provoquer l’émergence de nouvelles idées, de nouveaux formats d’organisation (plus collectifs) et la mise en place de nouveaux outils collaboratifs. 

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2. L’absence de représentation du monde associatif

Autre constat : il y avait l’absence du monde associatif qui est pourtant le miroir des enjeux sociaux en entreprise. Bien souvent ces mondes se côtoient par le mécénat de compétences, par la création de projets collaboratifs en commun, par le partage de projets dans la gestion de l’handicap, du chômage des seniors, de la discrimination sociale et géographique. Je n’ai pas entendu leur vision terrain, leurs difficultés dans l’insertion et la réinsertion professionnelle. Ces « RHs » que j’appelle les RHs de l’ombre sont bien restés dans l’ombre comme d’habitude avec l’absence de personnalités pour les représenter. Par ailleurs, le monde associatif recrute et souffre aussi de ces questions de sens, de valeur quand il devient compliquer d’agir par absence de moyens, de réponses publiques, quand il y a des conflits de pouvoir. Nous parlons souvent d’humain et pourtant se dessinent très souvent des schémas dichotomiques : travailleurs, cadres, avec les indépendants et les chômeurs dans une autre sphère, à la périphérie de l’entreprise. Pourtant les chômeurs font partir de la population dite active. Pourtant les indépendants, les créateurs d’entreprise sont répertoriés parmi les chômeurs en prenant l’Acre avec le maintien de l’Are. Il y avait comme une forme de cloisonnement humain limitant donc la représentativité du monde du travail. La question que je me suis posée : est-ce l’entreprise qui a oublié le monde associatif ou le monde associatif qui s’est oublié en ne se sentant pas concerné ?

Cela restera la grande question du jour. J’y vois certainement quelques réponses : la méconnaissance de l’événement, l’incapacité à trouver de la bande passante (c’est un monde qui souffre de ressources pour réaliser l’étendu de leurs actions au quotidien) et certainement que les sujets évoqués sont loin de leur réalité… Pourtant l’intérêt général était bien représenté avec l’Etat, les personnalités politiques, les syndicats. Sur la question du social, il y a trop souvent, à mon goût, ceux qui ont le pouvoir mais pas assez ceux qui en font vraiment.

3. La question du chômage

C’est aussi le grand absent de la journée. Il apparaît en filigrane, en introduction par ci par là, sans véritablement mettre des mots dessus. J’ai essayé, avec mon faible retour d’expérience via la Clinique RH, de leur faire comprendre que le chômage est un formidable moyen de maintenir un mal-être au travail. Beaucoup dans la salle, essentiellement des cadres (dont je fais partie) ont ce choix, ce luxe de dire non, d’exiger plus, de claquer la porte. Moi, la croix, je l’ai faite sur le salariat mais beaucoup l’ont faite sur toute possibilité de changement de poste, comme cloués à leur chaise, s’accrochant à un système où ils craignent chaque jour d’être éjectés surtout quand la fin de carrière est plus proche que le début de carrière. La question du chômage est donc la question de nombreuses choses : du système managérial, du système de communication (on ne dit rien de sa souffrance de peur pour sa place), du système de rémunération, d’où les lanceurs d’alertes.

Par ailleurs, nous étions très focus sur des problématiques parisiennes, microcosme plutôt favorable à l’ouverture culturelle, à faire bouger les lignes car c’est aussi là que se logent les principales instances gouvernementales, de décisions, les instances syndicales.

Le monde en région n’a pas été évoqué. C’est un autre monde en ce qui concerne les enjeux du travail de demain. L’absence d’opportunités, entraîne certains comportements managériaux abusifs, un non respect du droit du travail, des salaires à la baisse, et il est difficile de quitter son job sans prendre le risque de se retrouver sans ressources. Dans certaines régions, il y a quelques employeurs en situation monopolistique. Cela entraîne une moins grande préoccupation dans la gestion du bien-être au travail.

Aussi, nullement a été posée la question de l’international entre ceux qui partent pour trouver un job ailleurs et ceux, qui traversent plus que la rue, la mer, pour avoir un job. Que fait l’entreprise face à cela ? Que fait l’Etat ? Comment intégrer ses nouveaux flux migratoires dans le marché du travail en prenant en compte ce qui conditionne le job : le logement, l’apprentissage de la langue française, l’illectronisme (quand tout se fait en ligne, même Pôle Emploi, et que cette population n’a pas été formées à cela), la compréhension des métiers dans l’entreprise comme principal vecteur d’intégration.

J’avais donc parfois l’impression que nos interrogations, notre définition du sens du travail concernaient un petit cercle d’individus dans l’entreprise “les cadres et cadres sup”. Or le sens c’est une aussi une Direction, celle du chômage vers l’emploi, de la rue vers un logement, de l’école vers l’entreprise, bref une inclusion sociale pour laquelle l’entreprise est plus que jamais actrice. Combien de temps va telle continuer à alimenter le chômage par l’inaction, l’indifférence, la discrimination, l’absence de formation des parties prenantes de l’entreprise (RH, manager,..) sur la compréhension de la différence et des enjeux culturels. Faut-il toucher davantage au porte monnaie ? Faut-il mettre en place des sanctions plus lourdes (exemple RGPD) pour voir les choses changer ? Faut-il attendre que l’entreprise soit menacée pour réfléchir à investir dans des budgets sociaux ?

D’ailleurs, cette réflexion je l’ai faite en regardant l’affiche de l’événement. Nous parlons de visages humains mais tout le monde tourne le dos. Quand est-ce que nous allons enfin voir cette réalité en face et prendre au sérieux le chômage autrement qu’en traversant la rue. »

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Shirley Almosni Chiche

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