HAINE + 1

Nous parlons, de plus en plus, du sens donné au travail et du bien-être des salariés comme conditions majeures de l’épanouissement professionnel. Cependant, nous nous penchons rarement sur ceux qui pilotent l’entreprise, ceux qui ont un pouvoir de décision, un pouvoir d’encadrement et qui construisent donc le terreau favorable, ou non, à ce fameux bonheur au travail.

Ces personnes sont-elles toujours aptes à donner un sens au travail donc une direction ? Sont-elles dans de bonnes conditions psychiques pour piloter une entreprise ? Sont-elles en pleine possession de leurs moyens pour prendre des décisions majeures dans la gestion des personnes notamment dans les moments difficiles, quand le pilotage n’est plus automatique ?

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Nous sommes choqués de voir certains pilotes, fragiles psychologiquement, mener tout un équipage au crash, sur le flanc d’une montagne. Mais qu’en est-il de ces crashs, silencieux, nombreux, quotidiens, que sont les burn-out engendrés par une tête d’entreprise malade ?

Qui paie ? Tout un système d’assurance maladie qui prend en charge ces personnes victimes d’un « terrorisme soft », jamais cité dans les journaux et surtout rarement mis sur le banc des accusés.

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Ces têtes d’entreprise malades sont dangereuses car rarement conscientes du mal qu’elles occasionnent. Personne n’ose parler d’où les lanceurs d’alertes multiples, anonymes, comme des appels au secours sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Elles sont dangereuses aussi car leur maladie est contagieuse tel un cancer qui se métastase. Étant des représentants respectés et écoutés de l’entreprise, beaucoup cherchent à leur ressembler comme marque d’engagement. La malveillance finit par être normale, actée, habituelle, enseignée et la Direction cautionne. C’est même son objectif, celui d’avoir des alliés. Souvenez-vous de l’expérience Milgram. Combien sont prêts à faire souffrir leurs propres collègues quand les injonctions sont données du haut, par une personne qui porte le costume du pouvoir ?

Aussi, beaucoup de salariés, n’ayant jamais mis les pieds sur le marché du travail, trouveront ces méthodes de management normales car les patrons sont censés donner l’exemple, avoir une posture de sachant, d’autorité. Ces personnes corporate, fraîchement arrivées sur le marché du travail auront donc tendance à reproduire naturellement ces schémas de management destructeurs lorsqu’ils arriveront, à leur tour, à des postes de responsabilité.

Ces pilotes d’entreprise, devraient donc impérativement passer par la case thérapie afin de régler leurs multiples problèmes personnels, non résolus. Parfois, ces problèmes sont isolés. Parfois, ils se cumulent entraînant des dégâts internes considérables qu’ils projettent continuellement sur les autres et ce pendant toute leur vie. La barrière entre le privé et l’entreprise n’existe plus chez ces fous. C’est leur histoire personnelle qui se manifeste tous les jours au travers d’une communication violente, d’un mépris, d’un management tyrannique, d’une discrimination à l’embauche et d’autres remarques sexistes/ racistes. Chez ces pilotes tout puissants, le moi profond abîmé est sublimé par la souffrance des autres. Voir les autres souffrir les réconfortent car ils ne sont plus seuls à souffrir. Les autres remplissent un vide et ces patrons ont continuellement besoin d’être dans une posture de domination pour exercer toute l’étendue de leur pouvoir. Les autres sont le carburant qui permet de maintenir l’entreprise avant un décrochage.

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Ces fous embarquent toute l’entreprise dans un véritable suicide collectif car la souffrance est partout, mais surtout le comportement provoqué par ce désordre psychique tue chaque jour le corps de l’entreprise dans sa croissance. Ils vont adopter un management infantilisant avec ce souhait de garder l’autre dans un stade régressif, non évolué bridant l’autonomie, l’éclosion du talent. Dans le monde parental, on dirait d’une personne qui fait cela avec ses enfants, qu’elle crée des invalides sociaux, des personnalités fragiles, angoissées, immatures. Pour ces patrons malades, c’est exactement la même chose. Il crée une entreprise continuellement au stade primitif avec un personnel fragile et fragilisé, incapable de grandir, d’exprimer son talent, ses envies. Grandir c’est proposer autre chose que ce que l’on a appris. Or, ces patrons malades ne veulent rien changer, ne veulent pas que les individus s’émancipent. Les faire grandir ça serait prendre le risque qu’ils échappent à leur contrôle et donc qu’ils perdent leur vocation première, celle d’être un remède pour soigner une tare profonde. Pour sauver leur petite personne, ces patrons fous sont prêts à mettre leur entreprise en péril ainsi que l’emploi de leurs salariés quand ces derniers deviennent menaçants. Le siège éjectable, dans le sens premier du terme, devient pour le salarié, une véritable chance de survie car l’entreprise, elle, continue une traversée incontrôlable, sur le point de s’écraser.

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Dans certaines professions, domaines, secteurs ce risque est évalué, pricé. Par exemple, dans les entreprises habilitées secret défense, il y a une demande du casier judiciaire, des enquêtes sur la vie personnelle du futur salarié. Dans des situations plus courantes, comme l’achat d’un bien immobilier, on price le risque en allant chercher les antécédents médicaux des futurs acheteurs. Ces assureurs vont même très loin dans l’historique médical en allant chatouiller l’intimité pour couvrir un risque d’impayé. Aussi, un joueur de casino n’aura pas non plus le droit de jouer avec l’argent selon ses antécédents d’addiction.

Mais qui price le risque d’avoir des fous à la tête des entreprises ? Existe-t-il un malus/ bonus quand les démissions, arrêts maladie, burn-out se répètent pour pénaliser les mauvais employeurs comme on pénalise les mauvais conducteurs ? Demande t’on un casier professionnel « vierge » aux managers et/ou aux créateurs d’entreprise ? Réalise t’on des enquêtes approfondies sur eux quand ils se mettent à recruter leurs premiers salariés ? Propose t’on une formation et un suivi psychologique aux futurs managers ? Je ne suis pas pour le flicage des individus. Cependant, dans certaines situations, il y a bien plus qu’un risque d’impayé sur une maison mais des vies humaines brisées avec tout ce que cela peut avoir comme impact social et économique.

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Pour conclure, je dirais qu’avant de remettre l’humain au centre, mettons ces humains fous dehors, en cure de guérison ; Car, je crains, malheureusement, que ces mêmes fous s’approprient ces sujets de bienveillance, de sens donné au travail. Ils chercheront à attirer ceux qui sont dotés d’une incroyable intelligence émotionnelle comme vitrine propre et attractive mais l’humain au centre restera un grand malade aux commandes d’un pouvoir qu’il lâchera jamais avec comme leitmotiv : « jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. Mais l’important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. »

Shirley Almosni Chiche

Un commentaire

  1. Quand le garde-fou est le plus fou de tous : Le film ‘THE WIZARD OF LIES’ le démontre bien. L’exemple d’une autorité en roue libre dont le comportement auto-destructeur a eu des conséquences sans pareils.

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