Le pouvoir des mots

Les mots sont partout et pourtant nous sous-estimons leur pouvoir sur nous, notre environnement et les choses. Les mots sont ce murmure qui caresse lorsqu’ils sont touchants, sont aussi cette claque lorsqu’ils éveillent un sentiment profond, sont un puissant remède d’introspection lorsqu’ils sont posés à l’écrit tel le miroir de la pensée.

Les mots sont le prolongement de soi, un bout d’humanité sur le bout de la langue qui peuvent rassembler comme diviser.

Les mots j’en ai fait une thérapie personnelle pour mieux me connaître, gratter les recoins obscurs de mon cerveau, impossibles à capter. Par l’exercice de l’écriture, j’ai donc posé des mots sur mon histoire. J’en ai rayé certains. J’ai recommencé puis j’ai réécrit. Cela peut ressembler étrangement à un travail d’écriture du code avec cette nécessité absolue de prendre du recul sur le livrable, d’aller chercher la bonne formulation, l’expression la plus explicite, synthétique et proche du besoin exprimé. Me concernant, c’était un besoin de pointer une douleur profonde lorsque mon père est décédé. J’ai commencé à écrire avec lui lorsqu’il voulait, sur son lit d’hôpital, écrire son propre roman d’anticipation qui n’a jamais vu le jour. J’ai ensuite sublimé la souffrance de son absence dans l’écriture de poèmes comme une volonté de faire parler l’amour après la mort. Puis, au fur et à mesure, j’ai souhaité partager ma grille de lecture au sujet de l’actualité lors de la crise de 2008, autre douleur, cette fois professionnelle. Après des échanges métaphysiques, unilatéraux avec la mort, celle de mon père, j’ai voulu échanger avec la vie, celle des vivants. J’ai pu constater à quel point c’était un acte puissant d’existence que celui de sortir son esprit du silence, avec le principe de rentrer dans l’esprit des autres en faisant écho à leur histoire, à leur douleur.

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Cet exercice de l’écriture que je me suis efforcée d’appliquer de façon régulière et spontanée a pris, au fur et à mesure de mon expérience, d’autres contours. Il ne s’agissait plus uniquement de mots écrits sur « papier » mais de mots parlés, qui m’appartenaient, qui me ressemblaient tels de bons alliés, pour affronter le terrain de la négociation, pour coacher, pour renverser des situations en recrutement (départ, closing…), ou encore pour amener à faire réfléchir sur de nouvelles idées, schémas de pensée.

Lorsque les mots sont devenus mes « amis », ils ont été évidents dans mon rapport à autrui, et surtout dans ma capacité à transformer la douleur en force, à convertir une faiblesse en arme silencieuse mais impactante.

Aujourd’hui, je parle autant que j’écris avec comme fil conducteur : les mots, ceux que j’ai choisis, ceux que je veux partager, diffuser, pour porter un message plus grand que moi (pas très compliqué vous allez me dire…)

Bien que cela soit une expérience personnelle avec les mots, je suis convaincue de leur intérêt en entreprise. Les mots ont un pouvoir et ils devraient être davantage observés à la loupe par le prisme du travail d’écriture pour tendre vers une véritable thérapie collective. D’ailleurs la mort c’est l’absence de mot, le poids d’un silence, le silence de celui qui n’est plus. L’entreprise vit en façade, par l’activité des individus, mais meurt par son silence, d’où les lanceurs d’alerte en entreprise comme acte de résistance à cette mort lente.

Nous ne cessons de multiplier les outils de communication. Les échanges sont omniprésents, quotidiens voire chronophages. Nous mettons tous nos efforts pour choisir de nouveaux outils de communication numériques, permettant de s’exprimer, sans se pencher sur l’usage des mots eux-mêmes, permettant de BIEN s’exprimer et donc de BIEN communiquer.

  • Le premier exercice à réaliser au sein des entreprises serait celui du bon choix des mots et ce de façon collective : les mots pour désigner le WHY du projet d’entreprise, les mots pour présenter les fonctions des individus, les mots pour raconter leur histoires, qui ils sont, les mots pour décrire un poste et un profil attendu, les mots pour définir un référentiel commun sur les notions de valeurs, d’Éthique, de respect, les mots pour faire passer les messages. Nous parlons souvent de remettre du sens au travail. Cela devrait commencer par le sens des mots (sens étymologique, historique, politique, philosophique…) car comprendre l’autre c’est comprendre son référentiel lexical, faire preuve de respect et d’adaptabilité dans les échanges professionnels, et dans la prise en considération de la Diversité sociale et culturelle. Tout cela doit se faire à huis clos, de la même façon que le travail d’écriture, en se détachant de tout : du quotidien, des machines, du temps, du lieu de travail, des contraintes business, comme un écrivain qui part loin pour mieux se connecter avec lui-même.

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  • Le deuxième exercice serait de libérer les mots pour marquer psychologiquement de multiples situations : les mots pour décrire des situations heureuses comme malheureuses, les mots pour se dire merci, les mots pour se féliciter, les mots pour pointer du doigt les échecs, les mots pour se dire au revoir…mettant davantage les qualités d’authenticité et d’honnêteté dans le quotidien des hommes et des femmes en entreprise. Ces mots libres peuvent s’inscrire dans des jeux de rôle, des mises en situation théâtrales, des murs d’expression, des procès fictifs d’entreprise, des espaces de parole libre, des boîtes à idées, des boîtes à débats…
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Mur des remerciements chez Benext

  • Le troisième exercice serait de faire des mots une arme puissante de protection : les mots pour briser le silence, les mots pour répondre aux objections, les mots pour répondre aux individus malveillants (personnes toxiques, sexistes, racistes, irrespectueuses), les mots pour se protéger dans les relations contractuelles, les mots pour aller à l’essentiel. Il s’agit ici d’introduire sur le lieu de travail les aspects formation/ coaching avec des personnes extérieures qui ont fait des mots leur métier, leur force pour réapprendre à communiquer, à se parler comme nous avons pu le faire lors de notre enfance au stade de l’apprentissage de la socialisation, indispensable à la construction d’un socle d’interactions sociales sain. Les mots deviennent l’expression d’un moi, d’une personnalité donc nourrissent l’estime de soi. Savoir répondre aux autres lorsqu’on a été blessé ne cicatrise pas mais cela évite que la plaie s’agrandisse.
  • Enfin, le dernier exercice serait de faire des mots un puissant outil d’attraction en activant le coeur et la créativité des individus dans l’entreprise afin d’approcher une cible (candidat comme clients) de façon plus originale en parlant à leur moi profond, à leurs émotions. Les mots deviennent un acte d’ouverture, engageant et militant, comme puissant outil de différenciation et d’adhésion.

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Il est difficile de trouver les mots pour conclure car cela reste mes mots, mes maux, et les remèdes que j’ai eu et j’ai à ma portée pour m’épanouir dans ma vie professionnelle et personnelle. Les mots ont un pouvoir et comme tout pouvoir il peut être dangereux, incontrôlable, imprévisible. Ainsi, mon conseil : ne cherchez pas à l’étouffer. Usez et en abusez tant que vous avez la certitude d’être maître à bord (dans votre tête) !

Shirley Almosni Chiche

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