Laisse pisser

« Laisse pisser » telle est la phrase que j’ai souvent entendue de la part de responsables, de collègues, lorsque que je me suis faite attaquer par des candidats, clients, collègues…

Il y a ce conseil naturel qui consiste à se taire, à passer sous silence la blessure d’une insulte comme pour acheter la paix sociale, pour conserver « une bonne image » en évitant de provoquer le conflit et donc la bad buzz.

Le recruteur est la vitrine de la boutique qui prend souvent des coups. Je ne veux pas le faire passer pour victime. Certains diront qu’il le mérite bien avec ses messages à chier. Cependant je pense que l’on peut tenter de renforcer le blindage émotionnel de cette vitrine, de cesser d’être vitrine justement mais d’être acteur de la relation avec autrui.

J’entendais, récemment, les débats autour de la marque personnelle à #TruParis. Je pense sincèrement qu’un recruteur apprendra à bien recruter lorsqu’il cessera de se cacher derrière la marque de son employeur et qu’il développera sa marque personnelle. Et celle-ci s’exprime pleinement dans sa capacité à se défendre, à formuler des arguments, à engager des discussions constructives et plus si affinité. Cette capacité à dialoguer c’est celle du Communty Manager sur les réseaux sociaux et c’est de plus en plus celle du recruteur. Il est sans cesse challenger dans ses idées, mots du jour, coup de gueule avec toujours cet exutoire collectif qui se traduit par des cassages, des moqueries, et ce, parfois, de façon toxique et virulente :

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Ce que décrit Mathilde je peux le vivre aussi, comme beaucoup de recruteurs « Si on te GIF tends l’autre joue » (#toimemetusais). Nous sommes autant appréciés que le conducteur SNCF du train en retard, mais nous n’avons pas de syndicat ni de représentant du personnel. Nous symbolisons souvent une expérience d’échec, un sentiment de frustration car, dans le fond (moi la première) nous avons tous vécu une mauvaise expérience avec un recruteur.

Nous n’appartenons à aucune « patrie » : ni celle des RHs, ni celle des candidats, ni celle des managers, ni celle des robots (peut-être un jour) avec cette volonté de nous abattre à coup de claquettes verbales. Tous prétendent faire mieux que nous, faire du propre en nettoyant notre vitrine sale « comme tout le monde le sait », sans relief, à coup de karscher.

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Alors j’ai envie de chanter « mais non, mais non, le recruteur n’est pas mort » jusqu’à que son coeur bat pour son job. Et du coeur il en faut aussi pour apprendre aux futures recrues en recrutement à s’aimer soi-même, donc à développer de l’amour-propre (non ce n’est pas un gros mot ni un truc d’égoïste). Cela est même indispensable pour créer un climat respectueux entre collègues et avec les candidats et développer le sentiment de fierté pour ce métier. Car ceux qui continuent à faire de la merde ont déjà perdu, depuis longtemps, leur amour-propre et ceux qui en ont encore s’orientent vers d’autres professions, moins douloureuses au quotidien, préservant une certaine estime de soi. Pourtant, les seconds, sont ceux qui ont encore un peu de conscience, de personnalité, d’Éthique et qui doivent remplir les rangs des recruteurs de demain. Il en faut aussi du coeur pour avoir envie de comprendre les critiques, et en faire une force, une source d’énergie dans l’amélioration des pratiques. Sans répondant, donc sans instaurer une démarche d’échange face aux critiques, nous n’apprenons rien sur notre métier et les autres. Notre abandon face à l’adversité est notre mort.

Donc si vous lisez cet article pendant votre pause pipi, sachez qu’il peut être bon aussi, verbalement, de ne pas se retenir, et de faire ce qu’on appelle salement, péjorativement « un caca nerveux » en manifestant un désaccord, en remettant à la place ces personnes qui ont enterré le respect. Cela est bon pour votre santé, pour votre hygiène psychologique mais aussi pour toute une profession. Faites la maïeutique de la colère car il y a souvent de bonnes raisons de la colère (la référence c’est Steinbeck pas Ségolène hein) et un recruteur qui va bien à l’intérieur ça se voit de l’extérieur !

Shirley Almosni Chiche

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