L’éloge de la provok

 

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J’ai reçu récemment ce message et cela m’a fait réfléchir sur la manière dont je communique, comment cela est perçu et, plus globalement, ce que la provocation suscite chez les gens.

Emprunté au latin provocare, de pro- « devant » et vocare « appeler », provoquer est donc « appeler dehors », « faire venir », « faire naître quelque chose ». L’origine latine du mot prend tout son sens dans nos échanges au quotidien et en dit long sur nos attentions lorsque nous provoquons.

Provoquer c’est réveiller, c’est créer un sentiment, positif comme négatif chez l’autre, c’est faire un appel du pied pour susciter débat, discussion, et plus si affinité.

En me penchant sur mon expérience de recruteuse en informatique, je vois combien cela est vrai. Lorsque j’adresse des messages plutôt soft, lisses, j’ai un très faible taux de retour auprès des informaticiens et informaticiennes, ultra sollicités. Puis, au bout de la troisième relance, lorsque je change de ton, je provoque avec de l’humour, il se passe quelque chose. J’ai donc fini par être provok dès le premier message car cela fonctionne.

Cela est même devenu la norme sur Linkedin avec la multiplication des coups de gueule, des punchlines, des messages de coach de vie en tout genre, des posts humoristiques (dont je fais partie), des messages sérieux avec une trame provok comme a pu le faire récemment David Abiker. Et vous savez quoi ? ça fonctionne…

 

 

Cela peut sembler propre au monde du recrutement mais je pense que cela est tout simplement inhérent à l’être humain qui place le curseur de ses priorités au même niveau que celui de son égo. Lorsque je reçois un message tout mignon et tendre de mon homme, je peux mettre une journée à répondre (oui ce n’est pas sympa je sais). Cependant, lorsque je reçois une attaque gratuite et provok sur tweeter, je réponds dans la foulée. J’ai pu constater le même comportement sur Linkedln à la diffusion d’un article d’une personne du monde du recrutement. Tout le monde à un commentaire positif suscitant aucune réponse de la part de l’auteur. Cependant, dès qu’il y a eu un commentaire négatif, l’auteur a pris tout le temps du monde pour y répondre.

On peut le voir également dans l’actualité. La presse mettra toujours en lumière les pancartes provok des manifestants, les actes provok, les propos provok d’un certain Trump créant une sorte de course à l’audience, au clic, au like, au follow. La provocation devient donc un jeu entre celui qui cherche les critiques, voire les attaques, de façon systématique, pour augmenter sa visibilité, et celui qui sera systématiquement dans une posture d’attaque, sans qu’il y ait matière à débattre, pour ce même objectif, celui de prendre la lumière. 

 

Nous ne sommes pas toujours dans une démarche de communication pour défendre nos idées, nos convictions, mais dans le “putaclik”, une “porn communication”, où l’acte de provoquer devient un acte de résistance, d’existence, une sorte de défouloir dans une société politiquement correcte, qui contrôle, filtre, censure, condamne.

Ainsi, cette forme de violence silencieuse qui consiste à museler la parole trouve son écho dans une provocation violente, recherchée, travaillée pour finalement renouer le dialogue, faire vivre ce tissu social aseptisé. C’est en ce sens que je fais l’éloge de la provocation. Elle nous réveille, nous sort de notre état de mort cérébrale, de notre léthargie sociale et ce même lorsqu’il y a « fake news », lorsque les débats sont bourrés de fautes d’orthographe ou ne sont pas à la hauteur de notre élitisme intellectuel.

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« Vol au-dessus d’un nid de coucou » – McMurphy fait de la provocation un acte de survie dans un monde de fous

 

Il y a aussi une échelle de la provok. Beaucoup d’artistes ont connu le succès avec une communication/ chanson ou un film provok et/ ou trash puis, une fois la lumière mise sur eux, ils ont montré plus de nuances et surtout toute l’étendue de leur talent. On peut citer sans hésiter Orelsan parmi les rois de la provok, passant du provincial trash avec “Sale pute” au chanteur le plus talentueux de sa génération et écouté par tout le gratin de l’élite française. Et si il ne provoque plus, il nous dirait même Adieu tel un suicide social

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Aux victoires de la musique 2018, il est récompensé pour le meilleur clip pour Basique, le meilleur album de musique urbaine pour La fête est finie et est reconnu artiste masculin de l’année

 

Je parle aussi d’éloge de la provocation car celle-ci permet un échange de richesse, une richesse rare, qui se perd et ne se rattrape jamais, une richesse finie qui nous pousse à faire souvent des sacrifices Cette richesse c’est le temps, l’attention.

Comme disait Idriss Aberkane dans son talk sur ‘l’économie de la connaissance”, c’est une richesse qui va bien au-delà du pouvoir d’achat. Ainsi, provoquer c’est avoir l’attention de l’autre, son temps, du temps qu’il ne donnera pas pour autre chose, créant une proximité, un lien, une intimité psychologique, philosophique, voire politique et aussi une forme d’apprentissage. La provocation nous pousse à nous renseigner, à nous intéresser au sujet, à être crédibles dans nos réponses. Nous apprenons souvent de nos échanges suite à une provocation (faite ou subie).

 

 

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L’équation ci-dessus dit la chose suivante : « les flux de connaissance sont proportionnels à l’attention multipliée par le temps ». Ce qui veut dire que nous sommes tous égaux dans l’économie de la connaissance et que les seules choses qui déterminent notre capacité à apprendre sont l’attention et le temps que nous consacrons à notre apprentissage (d’après Idriss Aberkane).

 

Je vous invite donc à critiquer cet article. Allez-y joyeusement. Je vous rendrai plus riche en prenant le temps de vous répondre et surtout cela augmentera le ranking de mon pauvre site Internet, ce qui augmentera le scoring de mon égo et seulement après, on parlera de talent…

Shirley Almosni Chiche

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