Ecouter les candidats c’est innover

Le candidat est vu comme la personne qui candidate à un poste dans sa définition la plus basique.

J’aimerais, dans cet article, lui donner une autre dimension, celle que nous oublions souvent, celle qui m’a permis, aujourd’hui, d’innover, de créer mes multiples projets d’entreprise. Le candidat est une R&D inépuisable pour la recruteuse et surtout l’entrepreneuse que je suis.

Le candidat (qui, d’ailleurs, n’est pas toujours candidat dans le sens propre du terme), arrive dans le processus de recrutement parce qu’il a un problème, un manque quelque part, des envies.

Arrive ce moment de discussion, à huis clos, où tout cela est mis sur la table : les problèmes de management, les souhaits d’évolution professionnelle, les aspirations de job, la vie personnelle aussi; Ce qui est un incroyable sas de révélation du monde professionnel. Cette source d’information vaut de l’or car, non seulement elle est unique, mais surtout elle est un indicateur précoce des évolutions futures du marché du travail.

L’évocation de passé du candidat, mais surtout de son futur imaginé voire fantasmé est un incroyable moteur d’innovation. Lors de ces moments de discussion, il se dessine souvent dans ma tête les feature d’un nouveau services. Je deviens le PO de mon candidat avec cette envie de trouver une solution à son problème. Je vais vous donner quelques exemples qui vont dans ce sens :

  • La création de mon offre BUILD RH : lorsque je me suis mise à mon compte j’avais envie de proposer autre chose que ce qui était donné. Le souhait du candidat, dans le milieu informatique, reposait sur le triptyque suivant : transparence des informations/ projection dans le poste/ intégration équipe. J’ai compris que le besoin était plutôt simple à combler (enfin sur le papier). J’ai donc mis en place une offre BUILD (projet d’annonce) to RUN (sourcing). Le projet d’annonce, que je fait facturer, est ni plus ni moins un service qui m’a été soufflé par les candidats eux-mêmes. Sans les discussions, sans entendre leurs maux en entretien, je n’aurais pas eu l’idée de faire du projet en recrutement, c’est-à-dire cette discussion sur le poste (qui reste souvent une discussion entre le client et le recruteur) un outil d’approche, un gain de temps, un produit de communication et aussi de sélection.
  • L’offre IDEE FOR GOOD : ce projet d’entreprise avec Julie Kaderabek, en parallèle de mon activité freelance, est également le fruit de rencontres candidats. La partie conseil en innovation sociale est venue lors des rencontres « candidats » dits plutôt bénéficiaires dans le cadre de l’association la Clinique RH. Nous mettons, au quotidien, beaucoup d’énergie pour aider ces personnes à se reconnecter avec le monde du travail. Bien que nous nous évertuons à convaincre les entreprises, à coacher les candidats, il manquait une chose : le changement culturel au sein des entreprises avec cette capacité/ volonté à investir dans une politique RSE (Responsabilité societale d’entreprise) plus poussée, plus mature pour permettre davantage d’inclusion sociale, d’onboarding de personnes éloignées de l’emploi. Il fallait aller au bout du geste dans l’accompagnement des bénéficiaires en allant à la rencontre des personnes qui décident pour opérer une transformation des mentalités, des dispositifs d’intégration, et surtout provoquer davantage de ponts entre des mondes, des populations qui ne se côtoient jamais. Les bénéficiaires, avec leurs difficultés dans l’usage des outils numériques, leurs barrières linguistiques, géographiques, sont un incroyable éclairage terrain sur les choses à transformer dans les hautes sphères de l’entreprise, bien souvent déconnectées du terrain. Quand nous arrivons avec notre offre de conseil en innovation sociale, nous arrivons avec le besoin terrain exprimé, avec des éléments factuels, du concret rendant notre discours audible et légitime. Nous devenons porte-parole des candidats tout en étant accompagnatrices des personnes qui décident mais qui ne savent pas comment faire, ni où se trouvent les points de souffrance. Nous n’avons pas choisi de camp, candidat ou employeur. Nous avons choisi le bien pour chacun d’où le « for good ». Toujours avec Idée for Good nous proposons un service de recrutement informatique de niche, un service uniquement dédié aux acteurs de l’économie sociale et solidaire. Pourquoi ? Car de plus en plus de candidats informatiques, rencontrés dans le cadre de mon activité freelance, me disent la chose suivante : « le code n’est pas une fin en soi. J’arrive à un âge où je veux que mon code soit utile, qu’il ait un impact, que mon quotidien d’informaticien ou d’informaticienne ait du sens ». Ils me disent que les priorités, en vieillissant ont changé, que leur regard sur le monde qui les entoure a pris quelques rides mais ce regard reste rempli d’espoir d’un monde meilleur. Ce bonheur de coder ne repose plus, nécessairement, sur l’apprentissage de la technologie hype du moment mais sur un cadre de travail où les enjeux sont forts, impactants au sein de l’entreprise mais aussi à l’échelle des utilisateurs finaux, avec cette volonté de construire quelque chose, de transmettre un savoir, de participer à une histoire. Pour certains, la quarantaine passée, ils ont déjà côtoyé tous les postes « rêvés », ont atteint aussi le niveau de rémunération souhaité. Il y a le désir d’autre chose. L’hygiène technique avec un code propre c’est bien mais l’hygiène psychique devient tout aussi importante. Il y a du « for good » pour eux-mêmes, pour ceux qui les entourent et plus globalement pour une société où ils ont pris conscience, depuis longtemps, de leur impact, par le code, dans le quotidien des individus. Ainsi, l’offre de recrutement Tech for Good nous semblait une évidence. Pour donner du sens à ces personnes, il fallait aller vers les acteurs économiques qui ont fait « du sens » leur projet business.
  • Le meetup Recruitment Craftsmanship. Ce projet de meetup qui s’est construit avec Olivier Poncet est également le fruit de feedback candidats, des candidats fatigués par la médiocrité des approches en recrutement. Il me fallait un allié du monde informatique, une personne sensible à la qualité de code qui sait en parler, donner envie, transmettre les valeurs de l’artisanat logiciel et surtout qui avait envie d’aider le monde du recrutement dans une démarche d’amélioration continue. En discutant de nos univers respectifs, de nos joies et souffrances au quotidien, de nos déboires en tant que candidat aussi, il nous a semblé évident de réunir nos forces pour tendre vers un monde du recrutement informatique plus qualitatif dans son organisation (feature team), ses méthodes (des évaluations RH et techniques inspirées du TDD/ BDD), sa durée, ses process (inspiration agile), etc avec comme leitmotiv « les bonnes recrues d’aujourd’hui sont les bons logiciels de demain et la croissance d’après-demain ». Nous n’avons pas la prétention de détenir une vérité sur le sujet de l’artisanat du recrutement mais nous sommes convaincus que le brassage des disciplines, des rencontres, des opinions permettra d’apporter une meilleure approche et expérience candidat dans le secteur informatique.

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Ainsi, j’ai envie de dire un grand merci à tous les candidats que je rencontre, qui m’inspirent au quotidien et qui me font aimer mon job. J’ai aussi envie de dire à tous ceux qui ne voient le candidat que comme un candidat pour un poste donné, ou qui voient le recrutement comme un job sans valeur ajoutée, qu’ils manquent cruellement d’ambition !

Bien souvent on me demande pourquoi je continue de recruter. À ces personnes, je leur réponds, sans hésiter : écouter les candidats c’est innover.

Shirley Almosni Chiche